La politique coloniale a fait l'objet d'un débat assez approfondi au Reichstag allemand à l'occasion du budget de la marine, alors qu'elle n'avait auparavant été qu'effleurée.
Comme on le sait, Bismarck a présenté en juin de l’année dernière un soi-disant programme de sa soi-disant politique coloniale, qui se résumait ainsi : l’Empire allemand ne devait en aucune manière s’engager politiquement et militairement – il ne s’agissait pas de conquêtes, mais simplement de protéger les comptoirs et les commerçants allemands. [1] Dans ce même discours, il était toutefois également question du fait que la Compagnie des Indes orientales [2] servait de modèle au chancelier du Reich. Or, tout étudiant de quatrième année sait que ladite Compagnie des Indes orientales 1. n’a pas du tout colonisé et 2. a conquis énormément et provoqué énormément de guerres.
Le « programme » de M. le chancelier du Reich présentait donc dès le départ une énorme lacune, voire plusieurs ; et il fallait une dose inhabituelle de naïveté pour prendre ce « programme » au sérieux.
La manière dont, l’été et l’automne derniers, la soi-disant politique coloniale a été mise en avant et exploitée à des fins gouvernementales constituait en soi une preuve suffisante que la politique coloniale n’est pas une fin en soi, mais simplement un moyen d’atteindre certains objectifs gouvernementaux – que ce soit dans le domaine de la politique étrangère ou intérieure, ou dans les deux.
Les événements survenus au Cameroun [3] ont levé le voile qui recouvrait encore tant bien que mal la politique coloniale.
Il est soudain apparu clairement : 1. que les acquisitions territoriales tant vantées avaient eu lieu sans le consentement des peuples locaux ; 2. que les terres acquises ne pouvaient être conservées sans effusion de sang ; et enfin 3. que, si elles devaient rester en possession allemande, l’Empire allemand serait contraint de consentir, au nom de la soi-disant politique coloniale, à des sacrifices considérables, dont l’ampleur était tout à fait imprévisible.
Le « programme » de Bismarck était ainsi réduit en mille morceaux ; et sans la rage chauvine dont souffre plus ou moins gravement tout philistin allemand, la majorité du Reichstag allemand n’aurait jamais pu, à la suite des nouvelles en provenance du Cameroun, approuver le fameux bateau à vapeur du futur gouverneur du Cameroun. [4]
Sous l’influence du chauvinisme, le poste fut approuvé presque sans débat.
Lors de l’examen du budget de la marine, augmenté en raison de la politique coloniale, il y eut, comme je l’ai dit, un débat assez approfondi sur la politique coloniale. Un débat certes loin d’être exhaustif, mais très caractéristique des partis qui y prenaient part.
Les conservateurs et [les] libéraux-nationaux poussèrent naturellement des cris de joie patriotiques ; ils se soustraient naturellement à l’effort de trouver des raisons pour justifier leur « point de vue » – par patriotisme.
Le Centre s’est exprimé de manière tout à fait correcte par la voix de ses orateurs : la politique coloniale n’apporterait aucun avantage au peuple allemand, tout au plus à quelques individus privilégiés ; elle nous causerait des embarras et des sacrifices de toutes sortes ; le « programme » de Bismarck avait déjà été dépassé.
La conséquence logique de cette position aurait été que le Centre vote contre les demandes supplémentaires en faveur de la politique coloniale qu’il condamnait si vivement.
Le Centre a voté pour les demandes supplémentaires.
Le Parti du progrès s’est montré un peu plus cohérent dans son incohérence. Il a déploré les événements au Cameroun ; s’est déclaré par principe contre la politique coloniale, mais dans la pratique en faveur d’une politique coloniale s’inscrivant dans le cadre du « programme » de Bismarck de juin dernier ; a estimé qu’il n’était pas prouvé que ce « programme » ait été dépassé par le gouvernement, et a voté en faveur des demandes supplémentaires.
Les sociaux-démocrates, au nom desquels s’exprima Hasenclever, condamnèrent la politique coloniale en général et en particulier ; ils votèrent donc naturellement contre les demandes supplémentaires, tout comme ils voteront contre l’ensemble du budget en tant qu’adversaires de principe du système en place.
Il convient de mentionner à cette occasion que les représentants du gouvernement ont, au cours de ce débat, souligné avec la plus grande fermeté le lien entre la politique coloniale et la subvention aux bateaux à vapeur [5] – une franchise pour laquelle nous les remercions sincèrement dans l’intérêt de la clarté.
Le gouvernement impérial doit bien le savoir !
https://digital.staatsbibliothek-berlin.de/werkansicht?PPN=PPN1005554765&PHYSID=PHYS_0005&view=picture-download
Notes
1. C'est par la déclaration de « tutelle » sur les « acquisitions » du grand négociant de Brême Franz Lüderitz en Afrique du Sud-Ouest, le 24 avril 1884, que l'Empire allemand a entamé ses annexions coloniales. Les 5 et 14 juillet 1884, le Togo et le Cameroun passèrent sous domination coloniale allemande. Fin novembre 1884, l’Empire allemand annexa des territoires en Australie ainsi que dans les mers du Sud, et le 27 février 1885, des territoires d’Afrique orientale furent placés sous « tutelle » allemande. En 1884/85, l’Empire allemand conquit en Afrique et dans l’océan Pacifique des colonies d’une superficie totale de 2 907 000 kilomètres carrés et comptant 14,4 millions d’habitants.
2. La Compagnie des Indes orientales était une société commerciale anglaise qui exista de 1600 à 1858 et qui avait entre ses mains la soumission et le pillage de l’Inde. Le soulèvement national de libération en Inde (1857-1859) contraignit le gouvernement britannique à dissoudre la Compagnie des Indes orientales. L’Inde fut déclarée propriété de la Couronne britannique.
3. Dans la colonie allemande du Cameroun, une révolte contre l’oppression coloniale éclata en décembre 1884, qu’un corps de marines envoyé par le gouvernement réprima cruellement.
4. Le 10 janvier 1885, le Reichstag avait approuvé l'acquisition d'une barque à vapeur pour le gouverneur Max Buchner (1846-1921) dans la colonie du Cameroun.
5. Le 20 novembre 1884, le gouvernement avait présenté au Reichstag un projet de loi visant à subventionner les lignes maritimes privées vers l'Afrique, l'Australie et l'Asie orientale. Ce projet visait à accélérer l'expansion coloniale et s'inscrivait dans la politique intérieure et étrangère réactionnaire de l'État militaire prussien-allemand. Ce projet suscita de vives divergences au sein du groupe social-démocrate du Reichstag. Le 23 mars 1885, les sociaux-démocrates votèrent à l'unanimité contre la subvention des bateaux à vapeur au Reichstag.
La position des partis sur la politique coloniale – Correspondance de Wilhelm Liebknecht dans *Der Sozialdemokrat* (29 janvier 1885)
Extrait de : *Der Sozialdemokrat*, n° 5 du 29 janvier 1885.Wilhelm Liebknecht, Gegen Militarismus und Eroberungskrieg, Berlin 1986, p. 100-58. Transcription et balisage HTML : Einde O’Callaghan pour les Archives Internet marxistes.
Die Stellung der Parteien zur Kolonialpolitik Korrespondenz im Sozialdemokrat (29. Januar 1885)
Aus: Der Sozialdemokrat, Nr.5 vom 29. Januar 1885.
Wilhelm Liebknecht, Gegen Militarismus und Eroberungskrieg, Berlin 1986, S.100-58.
Transkription u. HTML-Markierung: Einde O’Callaghan für das Marxists’ Internet Archive.
Die Kolonialpolitik hat im Deutschen Reichstag anläßlich des Marineetats eine ziemlich eingehende Besprechung gefunden, nachdem sie vorher nur flüchtig gestreift worden war.
Bekanntlich haue Bismarck im Juni vorigen Jahres ein sogenanntes Programm seiner sogenannten Kolonialpolitik aufgestellt, welches darauf hinauslief: das Deutsche Reich solle in gar keiner Weise politisch und militärisch engagiert werden – es handle sich nicht um Eroberungen, sondern bloß darum, die deutschen Faktoreien und Handlungstreibenden zu schützen. [1] In derselben Rede war aber auch die Rede davon, daß die Ostindische Kompanie [2] dem Reichskanzler als Muster vorschwebe. Und von besagter Ostindischer Kompanie weiß jeder Quartaner, daß sie 1. gar nicht kolonisiert und 2. sehr, sehr viel erobert und sehr, sehr viel Kriege veranlaßt hat.
Das „Programm“ des Herrn Reichskanzlers hatte also von Anfang an ein gewaltiges Loch, ja mehrere; und es gehörte eine ungewöhnliche Dosis von Naivität dazu, um das „Programm“ ernst zu nehmen.
Die Art und Weise, wie im vergangenen Sommer und Herbst die sogenannte Kolonialpolitik an die große Glocke gehängt und im gouvernementalen Sinne ausgenützt ward, liefen für sich einen genügenden Beweis, daß die Kolonialpolitik nicht Zweck ist, sondern bloß Mittel zur Erreichung gewisser gouvernementaler Zwecke – gleichviel ob auf dem Gebiet der äußeren oder der inneren Politik oder auf beiden.
Die Vorkommnisse in Kamerun [3] zogen den Schleier hinweg, der die Kolonialpolitik noch notdürftig bedeckt hatte.
Es war auf einmal klar: 1. daß die gerühmten Landerwerbungen ohne die Zustimmung der dortigen Völkerschaften erfolgt waren; 2. daß die erworbenen Ländereien ohne Blutvergießen nicht behauptet werden können; und endlich 3. daß, wenn sie überhaupt in deutschem Besitz bleiben sollen, das Deutsche Reich für die sogenannte Kolonialpolitik ganz bedeutende, in ihrer Ausdehnung ganz unberechenbare Opfer zu bringen genötigt ist.
Hiermit war das „Programm“ Bismarcks in tausend Fetzen zerrissen; und ohne die chauvinistische Hundswut, an der ja jeder deutsche Philister mehr oder weniger akut leidet, würde die Majorität des Deutschen Reichstags auf die Nachricht aus Kamerun hin die famose Dampfbarkasse des Zukunftsgouverneurs von Kamerun unmöglich haben bewilligen können. [4]
Unter der Einwirkung des Chauvinismus wurde der Posten fast ohne Debatte bewilligt.
Bei Beratung des infolge der Kolonialpolitik erhöhten Marineetats kam es, wie gesagt, zu einer ziemlich eingehenderen Debatte über Kolonialpolitik. Und zwar zu einer wenn auch bei weitem nicht erschöpfenden, doch für die dabei beteiligten Parteien sehr charakteristischen Debatte.
Die Konservativen und [die] Nationalliberalen stießen natürlich patriotische Jauchzer aus; der Mühe, für ihren „Standpunkt“ Gründe zu entdecken, entzogen sie sich natürlich – aus Patriotismus.
Das Zentrum drückte sich durch den Mund seiner Redner völlig korrekt aus; die Kolonialpolitik werde dem deutschen Volke keine Vorteile bringen, höchstens einigen begünstigten Individuen; die Kolonialpolitik werde uns Verlegenheiten und Opfer jeglicher Art bereiten; das Bismarcksche „Programm“ sei bereits überschritten worden.
Die notwendige Konsequenz dieser Auffassung wäre gewesen, daß das Zentrum gegen die Mehrforderungen zugunsten der von ihm so scharf verurteilten Kolonialpolitik stimmte.
Das Zentrum stimmte für die Mehrforderungen.
Die Fortschrittspartei war etwas konsequenter in der Inkonsequenz. Sie bedauerte die Vorgänge in Kamerun; erklärte sich prinzipiell gegen die Kolonialpolitik, praktisch aber für eine Kolonialpolitik, die sich im Rahmen des Bismarckschen „Programms“ vom vorigen Juni bewegte, fand es nicht erwiesen, daß dieses „Programm“ von der Regierung überschritten worden sei, und stimmte für die Mehrforderungen.
Die Sozialdemokraten, in deren Namen Hasenclever sprach, verurteilten die Kolonialpolitik im allgemeinen und besondren; und sie stimmten daher selbstverständlich gegen die Mehrforderung, wie sie denn als prinzipielle Gegner des herrschenden Systems gegen den ganzen Etat stimmen werden.
Bei dieser Gelegenheit sei noch erwähnt, daß die Regierungsvertreter in dieser Debatte den Zusammenhang der Kolonialpolitik mit der Dampfersubvention auf das schärfste betonten [5] – eine Offenherzigkeit, für welche wir im Interesse der Klärung aufrichtig danken.
Die Reichsregierung muß es doch wissen!
1. Mit der Erklärung der „Schutzherrschaft“ über die „Erwerbungen“ des Bremer Großkaufmanns Franz Lüderitz in Südwestafrika am 24. April 1884 begann das Deutsche Reich seine Kolonialannexionen. Am 5. und 14. Juli 1884 gerieten Togo und Kamerun unter deutsche Kolonialherrschaft. Ende November 1884 annektierte das Deutsche Reich Gebiete in Australien sowie der Südsee, und am 27. Februar 1885 wurden Gebiete in Ostafrika unter deutsche „Schutzherrschaft“ gestellt. 1884/85 eroberte das Deutsche Reich in Afrika und im Stillen Ozean Kolonien mit einer Gesamtfläche von 2.907.000 Quadratkilometern und 14,4 Millionen Einwohnern.
2. Die Ostindische Kompanie war eine englische Handelsgesellschaft, die von 1600 bis 1858 bestand und in deren Händen die Unterwerfung und Ausplünderung Indiens lag. Der nationale Befreiungsaufstand in Indien (1857-1859) zwang die britische Regierung zur Auflösung der Ostindischen Kompanie. Indien wurde zum Besitz der britischen Krone erklärt.
3. In der deutschen Kolonie Kamerun brach im Dezember 1884 ein Aufstand gegen die Kolonialunterdrückung aus, den ein von der Regierung entsandtes Marinekorps grausam unterdrückte.
4. Am 10. Januar 1885 hatte der Reichstag für den Gouverneur Max Buchner (1846-1921) in der Kolonie Kamerun eine Dampfbarkasse bewilligt.
5. Am 20. November 1884 hatte die Regierung dem Reichstag einen Gesetzentwurf zur staatlichen Subventionierung privater Postdampferlinien nach Afrika, Australien und Ostasien vorgelegt. Er diente der forcierten kolonialen Expansion und war Bestandteil der reaktionären Innen- und Außenpolitik des preußisch-deutschen Militärstaates. Die Vorlage löste in der soziäldemokratischen Reichstagsfraktion heftige Meinungsverschiedenheiten aus. Die Sozialdemokraten stimmten im Reichstag am 23. März 1885 geschlossen gegen die Dampfersubvention.
/image%2F2572109%2F20260414%2Fob_75a11d_der-sozialdemokrat-donnerstag-29-01.png)
/image%2F2572109%2F20260414%2Fob_f8b636_kamerun-1885.jpg)